Parmi les évolutions majeures de ce premier quart du XXIe siècle : la transformation en profondeur des habitudes de travail et le rapport que nous entretenons avec les espaces de bureaux. Inauguré par Google au début des années 2000, cette mutation s’accompagne d’un éclairage qui se départit de la logique de bâtiment industriel pour tendre vers l’architectural le domestique. État des lieux d’une application très normée qui donne toute sa place à la créativité.
Les obligations réglementaires et normatives concernant les espaces de bureaux ont évolué ces dernières années avec en août 2021 la mise à jour de la norme NF EN 12464-1, le référentiel pour l’éclairage des lieux de travails, notamment intérieurs. Rappelons que ces exigences visent à « satisfaire aux besoins de confort visuel et de performance visuelle des personnes dont la capacité ophtalmique (visuelle) est normale ou corrigée à la normale. Toutes les tâches visuelles courantes sont considérées, y compris le travail sur un équipement à écran de visualisation (DSE) ».
Un standard international vient étoffer cette norme française, sous la forme du WELL Building Certificate (www.wellcertified.com). Ce référentiel qui met l’être humain au centre de la conception est orienté « santé », dans le sens, un cadre sain pour une santé préservée. La culture de la santé et du bien-être qui domine nos sociétés occidentales trouve là une application qui tient compte de la qualité de l’éclairage comme l’un des facteurs essentiels, dans sa version actuelle de 2025, aux côtés de neuf autres « concepts » tangibles ou non, qui sont l’air, l’acoustique, l’eau, la nourriture, le mouvement, le confort thermique, les matériaux, l’esprit et la communauté. En matière d’éclairage, l’obtention de cette certification requiert un traitement approprié des questions de rythme circadien, d’apport de lumière naturelle et de son contrôle, d’un environnement visuel équilibré, d’éblouissement ou encore de possibilité de gestion par les usagers eux-mêmes.

La transformation d’anciens bâtiments industriels en espaces de bureaux multiplie les possibilités de proposer des zones variées suivant les tâches ou les types de concentration souhaités. L’éclairage participe à ces ambiances diverses, ici avec luminaires Trilux sur rails, une combinaison de projecteurs et de linéaires rendue possible notamment par la grande hauteur sous plafond.
Les luminaires sur table constituent un moyen de laisser à l’usager la liberté de choisir l’intensité et même s’il souhaite un complément à l’éclairage général de la pièce. Trilux propose la lampe Bicult, ici installée par Licht Kunst Licht dans des bureaux à Bonn, qui combine l’émission de lumière directe et indirecte et assure ainsi un éclairage conforme aux normes. Outre la gestion de l’éblouissement, l’accent est mis sur la flexibilité
et les réglages d’éclairage individuels à tout moment.
Une mutation profonde et durable
Interrogé sur ce segment de l’éclairage, Éric Jacquot, directeur de l’offre produit pour le fabricant allemand Trilux, pointe la mutation en cours et qui va se confirmer ces prochaines années : « Le domaine du bureau est en train d’être totalement modifié en France, avec 5 à 7 millions de mètres carrés de bureaux inoccupés, faits avec des faux plafonds, des luminaires carrés tous les 2 mètres 40, éclairés de façon uniforme. Nous estimons que dans les cinq années à venir, les bureaux classiques vont évoluer vers une configuration en mode open space, de nouvelles façons de travailler, des multi-espaces, et représenter 40 %, contre 10 aujourd’hui. »
Et l’éclairage sera modifié en conséquence, comme il l’est déjà dans de nombreux projets récemment livrés. Il accompagne cette tendance architecturale qui, en rénovation comme en neuf, tend vers un dénuement esthétique. Nous sommes là à l’extrême opposé de ce qui était la norme dans les années 1980, des immeubles de bureaux compliqués, des millefeuilles de doublages, aux performances thermiques épouvantables, requérant des climatisations tournant à plein régime, obligeant à travailler sous des plafonniers n’étant pas forcément placés au meilleur endroit. À l’autre bout du spectre donc, la notion de réversibilité vient dorénavant s’ancrer dans la production des espaces, tout comme la notion recyclabilité a fait sa place dans la fabrication des luminaires. Faire pour ne plus avoir à défaire, mais simplement apporter des modifications minimes pour changer la destination d’un bâtiment. Aussi, les matériaux sont bruts, les faux plafonds sont sortis de la palette des produits obligés. Les chemins de câbles apparents sont devenus la clé de voûte d’une esthétique – de contexte de crise économique ? – qui montrent les boyaux des installations. Et cette mise en valeur de la technique n’est pas sans nécessiter une très grande exigence de la part des techniciens.
Flexibilité, HCL et gestion
Le flex office, dont les dirigeants d’entreprises semblent de plus en plus friands, rime avec l’avènement des installations sur rails qui permettent toutes sortes de compositions, souvent très graphiques, et d’accueillir plusieurs types de luminaires. Du purement fonctionnel, l’éclairage tend vers l’architectural et les concepteurs lumière, architectes ou bureaux d’études vont piocher dans tous les catalogues, de l’industrie au domestique, tout en répondant aux exigences et normes à appliquer.
Une dimension vient s’ajouter, celle du Human Centric Lighting, gage d’un bien-être au travail. Cette approche se généralise aujourd’hui dans les différents espaces des bureaux. « Pour Trilux, le HCL a tout d’abord été mis en œuvre dans les salles de réunion, se souvient Éric Jacquot. Aujourd’hui, les systèmes sont complètement autonomes et diffusent le matin une lumière un peu jaune, à midi une lumière plus bleutée et le soir, on revient à une couleur orangée. » Cinq ans après un télétravail forcé, l’aménagement des bureaux semble bénéficier du meilleur des deux univers, sous un éclairage espérons-le de plus en plus considéré. Lucie Cluzan


Présenté lors de l’édition 2024 de Light + Building, le luminaire acoustique Light Shed Linen développé par le fabricant italien iGuzzini s’intègre dans la démarche de bien-être au bureau. Outre sa capacité à absorber les sons, des capteurs intégrés optimisent l’équilibre entre la lumière naturelle et la lumière artificielle. Le confort visuel, la haute efficacité et le système Tunable White recréent la lumière dynamique nécessaire à une meilleure qualité de vie sur son lieu de travail.

L’architecture du MAM Competence Center, un immeuble de bureaux nouvelle génération, répond pleinement au souhait de placer l’être humain, avec ses besoins psychologiques, physiologiques, cognitifs et sociaux, au centre du projet. Lors de la phase de conception, les défis du travail quotidien ont été analysés. Côté éclairage, des luminaires linéaires pour postes de travail XAL soulignent le langage formel radial du plafond acoustique. Les surfaces de communication sont éclairées ponctuellement par des downlights Sasso placés en retrait.
© XAL / Photo Paul Ott

Pour l’aménagement du siège parisien de l’entreprise Jeuneurs, le Studio Vincent Eschalier a organisé le plateau de 600 m2 autour d’une verrière centrale. L’éclairage artificiel de chez Wever et Ducré, Arkos, Delta Light, Modular Lighting, Lambert & Fils ou encore Zero Lighting, est quant à lui est modulable et de typologies différentes dans les espaces de vie. Les open spaces et les salles de réunion ont des luminaires à l’éclairage réglementaires, mais dimmables et de couleur chaude pour ajuster à la sensibilité de chacun. L’éclairage général est assuré par des spots non dimmable, toutefois largement modulables par un nombre important de commandes.
© Jean-Pierre Vaillancourt