Technologies et usages : les répercussions des découvertes en éclairage

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De la nouveauté à la mise en œuvre raisonnée

Une innovation de rupture rend accessible des solutions qui paraissaient hors de portée. Elle crée des nouveaux produits qui n’existaient pas auparavant et révolutionne les usages en supprimant certains, qui deviennent obsolètes et en les remplaçant par d’autres. « Ces nouveaux usages offrent alors de nouvelles perspectives de création de valeur », considère Philippe Badaroux en tant que président du Cluster Lumière.

Les innovations de rupture créent l’opportunité de capter des marchés pour ceux qui les portent », introduit Philippe Badaroux, en évoquant ceux qui ne craignent pas de casser les codes de ces marchés… qu’ils ne connaissent d’ailleurs pas car ce sont très souvent de nouveaux entrants. Et le président du Cluster Lumière de féliciter « ceux qui créent des nouvelles opportunités de croissance en suscitant des nouveaux besoins ». L’innovation est souvent complexe et séduisante. De fait, on aime bien se monter innovant et chevaucher telle nouvelle  technologie   à la mode. Il est toutefois très rare qu’elle soit totalement disruptive et bouleverse le monde dans lequel elle opère. « L’innovation incrémentale privilégiant l’amélioration continue des produits, mais sans créer de nouveaux usages, n’est pas de rupture. Elle n’en n’est pas moins nécessaire, et aide l’entreprise à se maintenir à niveau face à la concurrence. »

LIMITE DE LA RUPTURE : LES USAGES

L’innovation de rupture  remet  en  question la domination des leaders traditionnels des marchés qui résistent le plus longtemps possible pour conserver les positions acquises depuis des années. Au début, ils y répondent par le déni (ça ne marchera pas) et améliorent leur offre existante dans un processus classique d’innovation incrémentale. « Mais la rupture bouscule tout et prend tout le monde de vitesse. Elle profite du fait que les nouveaux usages qu’elle apporte ne sont pas encore réglementés ou s’engouffre dans les failles de la réglementation existante. Et pour cause, la réglementation ne peut que suivre un nouvel usage. » L’innovation n’est de rupture que si les nouveaux usages qu’elle apporte font sens et ont vraiment de la valeur. Sinon c’est un flop. L’usager n’accroche pas, soit que l’innovation intervient trop tôt et que la société n’est pas prête, soit qu’elle n’apporte rien de bien sérieux. « Elle ne dépasse alors pas l’effet de mode », souligne Philippe Badaroux.

ASSOCIER TECHNOLOGIES ET CRÉATIVITÉ

Souvent, une seule technologie n’est pas suffisante pour conduire à une innovation de rupture. « C’est souvent l’assemblage de plusieurs technologies matures, associées à la créativité, qui crée la rupture », poursuit Philippe Badaroux   en    prenant la trottinette électrique comme exemple. Cette vedette du marché de la micro-mobilité urbaine est née  du  croisement de métiers n’ayant  cessé  d’innover  chacun de leur côté : le moteur électrique, la batterie et l’électronique de contrôle. Il a fallu imaginer de les assembler dans un produit basique, dont beaucoup se sont emparés en répondant, d’abord, à un effet de mode. Puis, assez vite, après la  cacophonie initiale, face aussi à de nouveaux types d’accidents, la réglementation a contraint les usages. Des nouveaux jobs, tels les rechargeurs de trottinettes sont nés, les services associés se sont disciplinés. Quel sera l’impact sur la santé des urbains de demain qui ne marcheront plus ? « Un monde nouveau nait sous nos yeux ! »

L’innovation n’est de rupture que si les nouveaux usages qu’elle apporte font sens et ont vraiment de la valeur.

LA TECHNOLOGIE LED VERS LA RUPTURE

Cette évolution ne rappellerait-elle pas l’apparition des sources lumineuses à LED, qui apporte en même temps la miniaturisation, l’efficacité énergétique, une belle lumière, une pilotabilité idéale, une maîtrise de la photométrie ? Et tout cela dans le même produit qui bénéficie aussi des évolutions de l’électronique d’alimentation comme de la conception optique complexe. C’est si fort que nous n’aurions jamais osé en rêver il y a 10 ans. Mais cette LED « quasi idéale » n’est qu’un moyen technologique et non une finalité. Elle ne créera une vraie rupture que si l’on accepte de repenser l’ensemble de la chaine de valeur, jusqu’à des nouveaux usages qui vont bien plus loin que le remplacement de la simple ampoule à filament ou à décharge par son équivalent à LED. Ce sont des nouveaux luminaires, des nouvelles photométries, des nouvelles esthétiques, des nouvelles ambiances, de nouvelles implantations qui doivent voir le jour. La LED est une technologie mature aujourd’hui, mais la révolution qu’elle induit n’est pas terminée. Elle se prolongera dans les usages et nous amènera inévitablement à repenser tout l’éclairage, intérieur comme extérieur.

PENSER À L’ENVERS

Grâce à la LED et à l’électronique de pilotage, le traditionnel luminaire éclaire les rues en début de soirée hivernale et devient « baisant », diffusant un flux lumineux réduit quand les usagers des espaces publics sont rentrés chez eux… ou pendant les périodes de confinement. Il n’est plus nécessaire d’éteindre l’éclairage public de façon autoritaire à 23 heures quand on peut le réduire de 90 % et le remonter quand un véhicule ou un piéton est détecté ? Certes, cette solution bouscule les habitudes. « Mais, alors, pourquoi choisir d’éclairer au maximum, pour, ensuite, baisser l’éclairage de façon empirique ? », interroge Philippe Badaroux. « Ne serait-il pas préférable de penser à l’envers en travaillant à un éclairage dont le mode normal serait minimal et qui remonterait quand on en aurait besoin. » Adapter le service au besoin devient un acte de bon sens de la transition écologique. La réglementation actuelle portant sur le flux à maintenir est dépassée. L’innovation de rupture implique nécessairement des changements, qu’il faut intégrer, accepter et encourager. À condition qu’ils fassent sens, et que l’écosystème s’y retrouve, conclut-il.

JD

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