Réemploi et matériaux biosourcés pour du mobilier lumière

VILLAGE DES ATHLÈTES PARIS 2024

© Paris 2024 / Solideo, Illumens, Dominique Perrault, Ingérop / Une Fabrique de la Ville / VITEC / Agence TER / UrbanEco / Jean-Paul Lamoureux – Visuel non contractuel

Situé à proximité immédiate du Stade de France et du futur centre aquatique, le Village Olympique et Paralympique offrira des conditions d’accueil exceptionnelles aux 15 000 athlètes présents, promet Paris 2024.

La conception d’un projet lumière s’enrichit de nouveaux enjeux et doit s’intégrer dans un schéma d’économie circulaire, d’autant plus que les outils d’éclairage présentent un impact carbone non négligeable au moment de leur fabrication et pendant leur fonctionnement. D’où l’intérêt du réemploi ou de l’utilisation de matériaux biosourcés que pratique l’agence Concepto au niveau du Village.

Trois engagements animent deux conceptrices lumière, Sara Castagné et Maëlle Tertrais, respectivement directrice et cheffe de projet chez Concepto pour la mise en lumière des voies publiques. Elles ont la volonté d’incorporer, à leurs projets, le réemploi, partant du constat que les mâts en métal représentent une part du bilan carbone de 80 % et que leur durée d’existence peut être prolongée ; de réfléchir au réemploi des matériaux de chantier pour les crosses et supports et enfin de développer,  à  partir de premières réalisations, des propositions destinées à encourager la seconde vie de certains éléments. Cet engagement est mené tout en portant un regard attentif sur différents matériaux recyclés dans la fabrication des supports et des matériaux d’éclairage.

AMBITIONS ENVIRONNEMENTALES

Le 1er mars 2024, sera mis à disposition le Village Olympique et Paralympique, Village qui sera, au lendemain des JO, « un vrai morceau de ville pour les habitants de Seine-Saint-Denis », explique la maîtrise d’ouvrage Solideo (Société de livraison des ouvrages olympiques). À l’image des exigences concernant les édifices qui constituent le village des athlètes, le programme de la mission a projeté des ambitions environnementales fortes pour l’ensemble du projet des espaces publics : végétalisation amplifiée, espaces publics réversibles, matériaux biosourcés, empreinte carbone maîtrisée… Dans ce contexte, Sara Castagné et Maëlle Tertrais ont décidé de mener cette ambition jusqu’au maximum. « C’est pourquoi nous avons travaillé sur deux typologies de supports d’éclairage, expliquent-elles. Le type 1 intègre le réemploi ; le type 2 recourt aux matériaux biosourcés. »

Il fallait, à la fois, être ambitieux mais aussi cohérent avec l’ensemble du mobilier (bancs, signalétiques, arceaux vélos, fontaines…) prévu sur la ZAC. Une charte, définie par les designers du Studio collectif 5.5, préconisait de l’acier galvanisé pour l’ensemble du mobilier.

« Ainsi, avons-nous décidé d’intégrer de l’acier galvanisé dans nos typologies de mâts ; mais de l’acier réemployé et non neuf », poursuit Maëlle Tertrais, en décrivant les résultats des deux solutions.


LA FILIÈRE ÉCLAIRAGE RÉUNIE AUTOUR DU RÉEMPLOI

« Le projet de l’éclairage du Village des Athlètes est un excellent cas d’école pour trouver réponses aux problématiques qui se posent au niveau du réemploi des équipements. » Maëlle Tertrais tient ces propos en tant que membre du groupe de travail « Réemploi » récemment créé au sein de l’AFE et animé par Simon Millet (Ambiance Lumière) et Alexia Delahaye (prescriptrice nationale chez GHM-Eclatec France). La caractéristique de ce GT ? Il réunit quasiment toutes les composantes de la filière éclairage.

Son objectif ? « Faire avancer les réflexions à propos du réemploi », ajoute Maëlle Tertrais. Le 10 novembre dernier, lors de la deuxième réunion du GT, Jean-Marie Croué, délégué général du Syndicat de l’éclairage et par ailleurs membre de l’Association Committee de Lighting Europe, a rappelé le vocabulaire européen usité. Il n’empêche que des problématiques restent posées, notamment au niveau de la propriété intellectuelle et des problèmes de garantie. Justement, début décembre, sera invité le cabinet d’avocats Skov, devenu une entreprise à mission en août dernier, dont l’une des expertises porte sur l’actualité juridique autour du réemploi des matériaux (voir le replay du webinaire du jeudi 19 janvier 2023).


Ci-dessus. Les 36 luminaires de type 1, réalisés en collaboration avec Valmont, intègrent le concept de réemploi.

DEUX CRÉATIONS ADAPTÉES

Le premier type de luminaire intégrant la  dimension du réemploi est composé d’un support vertical de 8 mètres de haut en acier galvanisé récupérés de pleins de gisements différents en France  en  fonction de ce qu’il y avait en stock et d’une crosse de 4 mètres de long. 36 anciens mâts des années 2000, démontés, réusinés (vérification de la galvanisation, redécoupage des pieds de mâts, pré-percement pour les pièces de jonction…), assemblés sur site ont été posés. Les crosses de 4 mètres étaient d’anciens mâts de 5 mètres de haut et les supports verticaux d’anciens mâts de 10 mètres de haut.

« Nous avons dessiné les pièces de jonction pour assembler le support/crosse ainsi que les crosses/luminaires. » En partie haute de la crosse, un luminaire plat et discret éclaire la départementale 1 en 2 200 K pour des questions de biodiversité, puisque la route longe la Seine. À l’intérieur de la crosse, un petit projecteur a été dissimulé, invisible de jour, dont seule la lumière émise révèle sa présence une fois la nuit tombée. Cette typologie a été travaillée avec Valmont pour les supports, Chrisalys pour la lanterne routière et Lumteam pour le projecteur.

Le luminaire de type 2 est quant à lui réalisé à partir de matériaux biosourcés. Le support vertical de 5 mètres de haut en bois, est équipé d’une crosse en acier issue du réemploi. La crosse peut être inclinée à 45° (pour se mettre à distance du houppier des arbres) ou être verticale selon les besoins. À l’extrémité de cette crosse, sont fixés des luminaires plats et discrets intégrant une bitonalité de la lumière (2 200 K et 3 000 K pour des questions de préservation de la biodiversité). Des projecteurs gobos sont aussi fixés pour animer une future place. Cette typologie a été travaillée avec le fabricant Aubrilam pour les supports (bois et crosse) et avec Chrisalys pour les luminaires). 267 mâts ont été implantés le long de toutes les rues courantes du Village des Athlètes. JD


Ci-contre.

Les 267 luminaires de type 2, conçus en collaboration avec Aubrilam, ont été réalisés à partir de matériaux biosourcés.

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