« Paris est le vecteur de changements s’opérant à l’échellede la Métropole »

Rappelons que Citelum (marque de Dalkia Electrotechnics, filiale de spécialité de Dalkia groupe EDF), est co-acteur de la gestion de l’éclairage de Paris au sein de Cielis. À ce titre, ses équipes d’expertises techniques participent aux projetspour la Ville, notamment à l’actualisation de la stratégiedes éclairages dans la capitale. Une occasion, pour Alain Maître, concepteur lumière.

Alors que s’imposent les économies d’énergie, la diminution de l’empreinte carbone et le respect de la biodiversité, que reste-t-il de l’originalité des créations lumière ?

Alain Maître : La mise en valeur du patrimoine a toujours été soumise à des contraintes que le concepteur lumière est en devoir de prendre en compte lors de la conception d’un projet. Les limitations technologiques ont longtemps été des freins à la création, par la dimension des appareils, par la limitation des choix de puissance, par la précision des optiques, etc. L’architecture même de l’objet éclairé est source de contrainte et appelle à composer avec des impondérables qu’il faut incorporer ou contourner. Les nouveaux défis qu’impliquent les règles actuelles en relation aux économies d’énergie et à la préservation de la biodiversité marquent une nouvelle étape dans la conception lumière. Ceux-ci mènent le concepteur à se questionner sur les choix esthétiques et les critères plastiques nourrissant sa créa tivité. Ils mettent également en cause une certaine surenchère de moyens ayant parfois abouti à des excès. Cette prise de conscience écologique et les restrictions qui en découlent, sont une aubaine à saisir et l’occasion de s’attacher à l’essence même du « métier » : souligner, ponctuer, composer… La technologie LED est une précieuse alliée du concepteur pour relever ce défi, la miniaturisation des sources de lumière, la précision des optiques et le spectre chromatique ajustable offrant une palette de moyens inédite pour atteindre ses objectifs.

À ces avancées techniques, s’ajoutent une conséquente diminution de la consommation d’énergie de ces sources et la possibilité de contrôler l’ensemble des installations pour ajuster l’éclairage avec précision. Ce pilotage permet également d’adapter les mises en valeur en fonction des rythmes biologiques de la faune, en modifiant la tonalité et l’intensité de la lumière et en désactivant certains projecteurs à certaines heures ou périodes de l’année. Dans ce contexte, le SDAL (Schéma directeur d’aménagement lumière) et le Plan lumière représentent des outils permettant de planifier des actions concertées entre l’éclairage urbain et de mise en valeur, pour atteindre les objectifs visant à plus de respect de la biodiversité et à la diminution de l’impact écologique sur la planète. Ces actions vont de pair, entre l’adaptation de l’éclairage de la voirie au fil de la nuit et l’intensité des mises en lumière, de manière à préserver un équilibre harmonieux des ambiances nocturnes.

Comment inscrivez-vous votre expertise lumière dans cette démarche ?

Le savoir, l’expertise et l’expérience du concepteur lumière sont particulièrement précieuses pour la transition en cours dans le domaine de l’éclairage afin de concilier les aspects antagoniques que sont la mise en valeur du patrimoine et le respect du milieu ambiant. La mise en lumière d’un bâtiment ou d’un monument repose sur un ensemble de facteurs que le concepteur est en devoir d’observer et d’analyser pour composer un univers urbain nocturne agréable, équilibré, surprenant, poétique… Il s’attache à inclure l’objet éclairé dans son contexte, il prend en compte, outre les caractéristiques du bâtiment, sa fonction, sa valeur symbolique, l’ambiance du site et les conditions d’observation offertes par la configuration du lieu. Tous ces aspects s’imbriquent pour aboutir à des choix techniques à charge de matérialiser sa vision et de transmettre l’émotion qui l’a générée. Les limitations induites par les besoins de restreindre l’impact des éclairages sur le milieu ambiant viennent se superposer à ces regards croisés construisant l’esthétique de la mise en valeur. La prise en compte de facteurs potentiellement perturbateurs pour la faune guide sa réflexion et résulte de choix conceptuels permettant de préserver à la fois la beauté du site et la biodiversité. Je pense qu’il est important de concevoir l’éclairage artistique comme une forme de dialogue entre les héritages du passé (le patrimoine) et les impératifs de la vie contemporaine. L’organisation de l’espace dans les villes et villages change, l’accès aux cœurs des quartiers ou des villes tend à se restreindre pour les véhicules motorisés. Les mobilités douces (vélos, piétons) ont des besoins d’éclairage différents, les ambiances lumineuses évoluent ou doivent être adaptées en conséquence, l’atmosphère générale en est ainsi profondément modifiée, apaisée. Les mises en lumière, accompagnant cette évolution, sont rendues naturellement plus éco-responsables. Le concepteur doit participer activement à ce changement, intervenant non seulement sur le bâtiment (l’éclairage vertical) mais également dans l’aspect fonctionnel de la lumière de l’espace urbain (l’éclairage horizontal).


CONFORTER L’IMAGE DE PARIS
Citelum est la marque de Dalkia Electrotechnics dédiée aux infrastructures et services pour les Smart Cities. Créée en janvier 1993, Paris, elle fait partie depuis juin 2017 des Solutions Énergétiques du Groupe EDF et, depuis janvier 2022, du groupe Dalkia via sa filiale de spécialité Dalkia Electrotechnics dédiée au génie électrique.
L’expertise cumulée par Citelum au cours des trois dernières décennies et son implantation mondiale, lui permettent, considère Alain Maître, de partager avec Cielis la responsabilité de conforter l’image de Paris dans le monde en tant que ville lumière responsable et innovante, tout en imaginant de nouvelles manières de concilier éclairage et biodiversité ainsi que confort et respect de l’environnement.

De nouvelles études visant à actualiser les stratégies de l’éclairage de Paris sont en cours d’élaboration. Merci d’en dévoiler les grandes lignes.

Un Plan lumière et un SDAL, englobant l’ensemble du territoire, sont réalisés en collaboration par les équipes de Cielis et Dalkia Electrotechnics. Ces documents représentent les instruments permettant de penser et planifier les évolutions de l’éclairage urbain à moyen et long terme. Renouveler les équipements, adapter la lumière aux évolutions technologiques et normatives, accompagner la transition écologique et les enjeux sociologiques contemporains sont les angles de réflexion guidant ces études. En accord avec les projets développés dans le PLU et les documents d’urbanisme de la Ville de Paris visant à adapter l’organisation et la distribution des espaces entre les usagers et faire face aux évolutions climatiques, des propositions facilitant cette cohabitation sont élaborées. Parmi elles, l’adaptation de l’éclairage aux facteurs horaires et saisonniers prend une part importante, la limitation du spectre chromatique des éclairages fonctionnels est également une voie exploitée. D’autres lignes d’actions sont par ailleurs préconisées, visant une meilleure distribution de l’éclairage entre les régions centrales et périphériques du territoire. Le rôle de Paris ne se limite pas à ses portes, il est le vecteur de changements qui s’opèrent à l’échelle de la Métropole, vers les communes qui l’entourent. Le rayonnement de la ville déborde de son territoire et l’éclairage a un rôle important à jouer dans ce rapprochement avec les régions extramuros. En créant des relais entre le centre et le périphérique, en valorisant des tiers lieux distribués sur le territoire, la lumière agit sur la distribution des flux nocturnes et accompagne les changements en cours.

Propos recueillis par Jacques Darmon

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