Dernier envol
Formé à la typographie puis au graphisme, Ingo Maurer se révèle au grand public en 1966 avec la lampe Bulb (à droite), une réinterprétation de cet objet ampoule qu’il vénère et valorise ainsi en l’exposant hors des classiques abat-jour. En 5 décennies, il a marqué l’histoire du design par ses créations inattendues, poétiques et ludiques, telle Lucellino une ampoule spécifiquement créée pour ce luminaire qui se fait oiseau avec ses ailes en plumes d’oie (à gauche). Basée à la même adresse munichoise depuis 1970, son agence développe des projets d’éclairage architectural, des mises en lumières d’expositions, des installations à la délicatesse sans faille. Ingo Maurer nous a quittés en octobre dernier. Lumière éternelle.
D’une seule pièce
Parmi les lauréats des Grands prix de la création de la ville de Paris, qui récompensent chaque année les nouveaux talents du design, de la mode et des métiers d’art, Jean-Baptiste Fastrez a reçu le Grand Prix dans la catégorie Design. De ses créations nous retiendrons ses luminaires en céramique, notamment, la lampe Olo dont l’esthétique et les différentes manières de la poser évoquent tour à tour un chandelier, une caméra Super 8 ou encore un robot. Éditée par Moustache.
Classique pop
Le fabricant catalan Santa & Cole célèbre le 90e anniversaire du pionnier du design industriel en Espagne André Ricard, avec la réédition de l’icône pop des années 70, la lampe Tatu. Imaginée pour ne pas déranger sa femme pendant ses lectures nocturnes, elle s’inspire des lampes d’avion au faisceau orientable. Articulée, ses trois coudes permettent de totalement la replier. Bienvenue aussi à la version mini, avec un seul coude et murale, Petit Tatu !
De fil et de porcelaine
C’est une histoire anversoise. Dans ce berceau de la mode et du design renouvelés, la styliste Ann Demeulemeester a développé pour l’éditeur de décoration intérieure Serax deux collections de luminaires, l’une re marquable par ses milliers de fils de viscose peints à la main, l’autre par ses rubans de porcelaine plus ou moins larges. Mobiles, la lumière s’anime. Fixes, elles révèlent la transparence de la matière.
Design côté Chine
Comme tant d’autres européens, l’historique Salon du meuble milanais s’exporte en Chine avec une quatrième édition à Shanghai et met la jeune création à l’honneur. Le SaloneSatellite Shanghai Award a distingué 4 designers, notamment XiaoYu Dong et sa lampe Fan. Réalisée en bambou tressé, elle se recharge par induction.
Tout sur la lumière
Bernard Maitte nous livre ici le récit de l’élaboration des idées tant scientifiques que philosophiques qui ont scandé l’histoire de nos connaissances sur la lumière. Un parcours de ses moments riches, de L’Antiquité, à la civilisation arabo-islamique, en passant par la Renaissance européenne et sa révolution scientifique, puis la science classique du XIXe siècle.
Une histoire de la lumière. De Platon au photon de Bernard Maitte, Éditions du Seuil, collection Science ouverte, 400 pages, 23 €
Hypnotique et ludique
Avec près de 2 millions de visiteurs et des œuvres originales à 90 %, le succès de la Fête des lumières lyonnaise ne faiblit pas malgré le mécontentement de riverains submergés par la foule. L’évolution constante de la technologie permet puissance de feu et précision comme jamais. À noter Lightning Cloud de Jérôme Donna, tout à fait hypnotique, s’étendant les façades de la place des Célestins : l’information, les données se propagent, tout comme dans le frénétique The Great Indecision Council de Romain Tardy, avec la mise en mots via des tubes LED des recherches des internautes.
Géométrique
Au sud de Chicago, la Farnsworth House de Mies van der Rohe étire depuis 1951 ses murs de verre dans la vallée de la rivière Fox. Fruit du souhait d’une architecture moderne, en relation étroite avec la nature, devenue icône mondiale, elle n’en est pas moins fragile et exposée. Dans le cadre de la 3e biennale d’architecture de Chicago, elle a fait l’objet d’une installation, Geometry of Light mêlant lumière et musique, orchestrée par le duo d’artistes Luftwerk, associés à l’architecte Iker Gil de MAS Studio. De minces filets d’une lumière rouge soulignent tour à tour la trame de la construction, les niveaux de crue ayant touché l’habitation ou encore les arbres alentour encore existants ou évoquant ceux supprimés pour laisser place à la maison.
www.luftwerk.net / www.mas-studio.com / www.farnsworthhouse.org
Participatif
L’artiste et designer britannique Jack Wates se dit pratiquant d’une « architecture immatérielle». Par la vidéo ou la lumière, il redéfinit des espaces publics ou privés. Ici à Luton, au nord de Londres, la mise en lumière d’un passage piétons souterrain a été menée sous la forme d’ateliers participatifs avec les jeunes de la ville afin de définir l’entrelacs des tubes colorés qui alimentent les luminaires Cell (IP66 et IK10) fournis par Reggiani et customisés pour ce projet. Les apprentis éclairagistes ont aussi pu faire l’expérience de la conception lumière notamment en ayant à choisir les angles de faisceau les mieux adaptés pour éviter l’éblouissement. L’idée était d’obtenir une lumière banche mais aussi des ombres colorées. Pour cela certaines appliques combinent bleu et ambre et les autres rouge, vert et bleu. Plus il y a de passants, plus les ombres sont nombreuses.
Lober la frontière
L’ironie des frontières politiques est de scinder ce qui vu du ciel ne fait qu’un. Dans l’État du Texas, les villes d’El Paso et de Ciudad Juárez semblent être une métropole. Pourtant, le Rio Grande les sépare et maintenant un mur érigé en vue d’empêcher les migrations clandestines depuis le Mexique vers les États-Unis. L’artiste montréalais d’origine mexicaine Rafael Lozano-Hemmer a offert le temps de quelques soirées aux habitants de communiquer au-delà de ces obstacles. Comment ? Lorsque les faisceaux des 18 projecteurs activés depuis l’une des 6 stations par le public se croisent, un canal est ouvert et permet d’échanger. Visible dans un rayon de 15 km, l’installation évoque les puissantes torches de la police dans la nuit.