Comment sereinement définir la nécessité d’une installation d’éclairage ?

TRANSITION TECHNIQUE

Pour développer et entretenir la quasi-totalité du parc d’éclairage public de ses adhérents (82 000 points lumineux), le Siceco vient d’adopter une démarche de « transition technique » caractérisée par trois mesures : diminution des puissances ; généralisation des luminaires LED ; optimisation du fonctionnement. Bruno Kablitz, responsable du service technique, l’explique.


LES RÈGLES À SUIVRE

Bruno Kablitz nous résume les règles qu’il applique :

  • Règles d’éclairage : en premier lieu évidemment, liées à la tâche visuelle à exécuter (se déplacer, travailler, etc.) qui permet de définir les niveaux d’éclairage. S’agissant du sujet le plus débattu et contesté en ce moment, les techniciens ont besoin d’un référentiel stable, pouvant toutefois être révisé périodiquement certes, mais qui doit être solide scientifiquement par rapport à la vision.
  • Règles électriques : obligation de séparation des réseaux (plusieurs milliers de kilomètres de réseau à traiter) ; conformité électrique des armoires (quelques centaines) ; réforme anti endommagement nécessitant de connaître la position des réseaux à 50 cm près (Siceco est à jour pour l’échéance de 2020 concernant ses 35 communes dites « urbaines »).
  • Règles liées à l’énergie : généralisation du compteur Linky sur tous les branchements BT, y compris en éclairage public avec des changements à attendre sur la facturation du réactif, la gestion des puissances souscrites, et les plages tarifaires ; disparition des tarifs réglementés ; calendrier d’interdiction progressif de vente de certains produits d’éclairage public énergivores.
  • Règles liées à l’environnement : obligation de gestion des déchets, le recyclage des LED ne permettant toutefois pas un taux de recyclage très élevé ; interdiction de lampes contenant des matières dangereuses ; limitation des nuisances, particulièrement depuis la réglementation de décembre 2018.

Rénovation de l’éclairage public de la Place des Marronniers à Puligny- Montrachet en 2013.

Comme dans bon nombre de territoires en   France,   de   nombreuses   installations se sont développées par mimétisme, entre l’urbain et le rural. Ce d’autant plus facilement que les coûts de l’électricité consommée par l’éclairage public ont longtemps été bas et stables. Ainsi, durant 10 ans, de 1998 à 2008 ; 1 kW d’EP, fonctionnant 4 200 heures/an, a représenté un coût de 300 € TTC alors qu’entre 2008 et 2018 ce même kW est passé progressivement à plus de 600 € TTC.

Le service public de l’éclairage s’est fortement déployé partout où l’urbanisme l’exigeait pour constituer une sorte de service universel. Car, au-delà de différences techniques minimes, existe une quasi-égalité de traitement pour toute la population française dans ce domaine. Ce, même si les modalités de fonctionnement sont variées !

LA MAÎTRISE DES DÉPENSES DEVIENT CRUCIALE

Dans le département de la Côte-d’Or, le nombre de communes pratiquant des cou- pures totales ou partielles de leur éclairage a toujours été important. « Cette généralisation de l’éclairage a augmenté la taille du patrimoine, le nombre d’équipements à gérer et, en conséquence, les dépenses afférentes », constate Bruno Kablitz. La maîtrise des dépenses devient donc cruciale, les réglementations et exigences se superposant et se durcissant, allant jusqu’à poser dilemmes aux décideurs locaux devant arbitrer entre des injonctions contradictoires : baisser les dépenses, augmenter le niveau de service et la sécurité, éviter toute nuisance aux populations et à l’environnement… « Comment définir sereinement la nécessité d’une installation d’éclairage?» Étonnamment, la réponse reste à l’appréciation du gestionnaire de l’espace public. Contrairement, par exemple, aux espaces extérieurs où travaillent des employés dont les niveaux professionnels « éclairage » sont définis par le Code du travail.

UNE PARTICULARITÉ FRANÇAISE

Déjà, le Siceco pratique des mesures orientées « sobriété et modération », avec quelques priorités nouvelles répondant aux exigences de l’arrêté. La principale porte sur « la limitation des températures de couleur qui constitue une particularité française », souligne Bruno Kablitz en ajoutant que ces révisions techniques ne lui posent pas de difficulté « puisque nous n’avions pas défini des produits de manière définitive sur de longues périodes et que nous mettons régulièrement à jour nos prescriptions techniques d’achats de luminaires ».

Toutefois, il reste un gros travail de classification à faire pour intégrer la notion de localisation (en ou hors agglomération), prescription complètement nouvelle et absolument pas gérée jusqu’à présent, et celle d’usage (6 ou 7 catégories pour 2 ou 3 actuellement). « Créer les champs dans des outils numériques est très rapide, mais mettre la donnée à jour de 82 000 points lumineux ne se fait pas automatiquement. » La nouvelle réglementation n’est pas anodine au niveau de ses conséquences techniques et organisationnelles. Les coûts correspondants sont en cours de chiffrage comme sont analysées certaines difficultés d’interprétation, voire des contradictions à lever avec des règles techniques préexistantes.

© Siceco
© Siceco

DES EFFETS TANGIBLES

Ces incertitudes doivent être levées, car mêmes animés de nouvelles bonnes intentions, les maîtres d’ouvrage doivent pouvoir montrer qu’ils ont respecté la réglementation et ne pas fragiliser les travaux qu’ils auront réalisés. « Les objectifs poursuivis par l’arrêté ne peuvent que rencontrer l’approbation des maîtres d’ouvrage, conclut Bruno Kablitz pour qui il faut aussi espérer que ces règles auront un effet tangible sur la qualité de l’environnement. Ce qui ne me paraît certain si on ne remet pas vraiment en cause l’éclairage pour tous et partout qui est un peu la norme aujourd’hui. »

La réglementation crée des contraintes et des dépenses supplémentaires pour un effet qui restera modeste par rapport aux objectifs profonds de préservation de la biodiversité. « Il me semble que le seul moyen de vraiment changer les choses est de ne pas éclairer un certain nombre d’espaces habités, ce qui correspond à un arbitrage beaucoup plus difficile pour les décideurs locaux », conclut Bruno Kablitz.

© Siceco
© Siceco

La mise en lumière de la place de l’Hôtel de ville, réalisée par le Siceco, territoire d’énergie Côte-d’Or, comprend celle de la façade de la mairie, de la fontaine et du clocher de l’église. Elle fait partie d’un projet plus vaste de rénovation de l’éclairage public de l’ensemble du village.

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