> LUX. Au siècle présent, des Syndicats professionnels pour quoi faire ?
– Lionel Witkowski La raison d’être des syndicats professionnels n’a pas changé. Les enjeux ont certes évolué, mais la finalité reste la même. En ce qui concerne l’éclairage, c’est surtout le contexte qui a changé. Je citerai principalement un marché en régression depuis 3 ans, l’influence croissante des approvisionnements en provenance de Chine, le transfert d’une partie de la valeur ajoutée des fabricants de lampe vers les producteurs de luminaires faisant perdre la mesure (au sens musical) qu’imprimaient les 3 principaux fabricants occidentaux de lampes pour la profession, crises régulières…
Cette liste, malheureusement longue, entraîne un repli sur soi des entreprises et une régression des disponibilités tant au niveau financier qu’à celui des ressources humaines. En conséquence, les leaders de marché hésitent à investir dans ce domaine et à emmener la profession avec eux …. Tout cela rend la stratégie plus complexe, les enjeux n’en étant pas moins présents.
Plus que jamais, la réglementation, tant européenne que nationale, s’intensifie rendant nécessaire une prise d’influence de la profession et l’adoption de positions communes. Je suis intimement convaincu que l’intelligence collective n’a jamais été aussi nécessaire qu’à présent.
> LUX. Selon ses statuts, le Syndicat de l’Éclairage réunit des fabricants. Comment ces derniers se définissent-ils aujourd’hui ?
– L.W. Si la mondialisation rend nécessaire d’élargir le scope de la définition, c’est quand même avant tout “l’industriel” présent sur le territoire national voire européen, qui y répond le mieux. Toutefois, être industriel, ce n’est pas seulement créer de l’emploi local. C’est aussi développer des produits, créer des cahiers des charges, mettre en place des systèmes de contrôle qualité rigoureux et investir dans la notoriété d’une ou de marques. Leur empreinte locale, en termes de création d’emplois, est généralement plus limitée, mais il n’en reste pas moins des industriels. Sans usine, Apple représente l’archétype de cette évolution.
Il est également possible de prendre la question à l’envers pour y répondre. Ce n’est pas un importateur qui fait son marché en dehors de l’Europe et dont le rôle se résume au simple metteur sur le marché.
> LUX. Ces mêmes statuts mentionnent les “Services associés”. De quoi ou de qui s’agit-il ?
– L.W. C’est à ce niveau que le terme éclairage prend toutes ses lettres de noblesse, car il ne se limite pas au simple luminaire. L’éclairage comprend tout un éco-système gravitant autour du point lumineux, ce dernier s’étant considérablement ouvert et enrichi depuis que les lampes à décharge ont laissé la place à la diode électroluminescente et à l’électronique.
Ce sujet dépasse, clairement, le cadre de cette interview tant le champ d’action est extrêmement vaste. Je pense, qu’aujourd’hui, il faut considérer le luminaire au-delà de sa fonction d’éclairer. Il devient un concentrateur d’informations techniques capable d’échanger avec son environnement. Ceci crée la nécessaire base d’interaction avec de nombreux métiers et usages dépassant la finalité d’éclairer, tant dans les bâtiments, que sur les espaces publics. Par exemple, existent déjà de nombreux modèles permettant de transformer l’investissement d’une installation d’éclairage en un service de location de lumière. Dans un autre registre, celui de l’économie circulaire, le réemploi et la réparation deviennent des services associés du monde de l’éclairage.
Pour conclure, la plupart des champs décrits précédemment sont des domaines d’expertise « voisins », souvent hébergés, au sein d’entreprises ou au niveau de syndicats professionnels pas nécessairement concernés par le monde de l’éclairage. Toutefois, leur association, au sens de membre associé, présente une réelle pertinence.
> LUX. Les marchés se mondialisent ! La normalisation s’européanise! Dans ce contexte, quels services appropriés un Syndicat de l’Éclairage national doit-il apporter à ses adhérents ?
– L.W. Ces questions, ainsi que de nombreuses autres, font partie du travail que le bureau, le conseil d’administration et le délégué général traitent actuellement. Un syndicat pertinent est un syndicat dont les interfaces/partenariats ont été mûrement réfléchis, dont les méthodes de travail répondent aux attentes de ses membres et de son écosystème, et dont les sujets traités sont subtilement dosés pour couvrir les besoins évolutifs du marché… sans se disperser.