Avant la LED, le monde de l’éclairage était un monde « mesuré », animé par des industriels et dominé par les fabricants de sources lumineuses dont trois multinationaux occidentaux: l’américain General Electric, l’allemand Osram (alors filiale de Siemens) et le néerlandais Philips.“Un monde plutôt tranquille où les innovations technologiques majeures intervenaient tous les 10/15 ans” rappelle Lionel Witkowski.
Un rude défi
Durant les années 90, la LED, en tant que semi-conducteur, a mis ce monde tranquille au diapason de la loi de Moore, imposant une accélération fulgurante à beaucoup d’entreprises qui n’y étaient pas préparées. Globalement, ce sont les entreprises industrielles les plus solides et les plus agiles qui ont survécu aux côtés de nouveaux intervenants. “Des négociants ou importateurs se donnent alors des airs de fabricants” souligne le président de Trilux-France en regrettant que “souvent nous avons pris l’habitude de s’arrêter à ce changement technologique radical qui a effacé le marché des lampes à décharge en une décennie”.
Par ailleurs, les entreprises ont dû, en même temps, faire face à deux autres disruptions: d’une part, le développement des ventes en ligne ouvrant un nouveau canal de commercialisation complémentaire à ceux existants; d’autre part, l’avènement des startups établissant un nouveau business-model “se limitant” à perdre, pendant plusieurs années, d’importantes sommes d’argent, “considérées comme des investissements“. Si les deux derniers points concernent quasiment tous les secteurs économiques, “les trois réunis ont mis les entreprises industrielles traditionnelles de l’éclairage face à un rude défi”.
Changement d’équilibres
La LED a également changé les équilibres. “Il y a eu un transfert de valeur ajoutée en faveur du fabricant de luminaire au détriment du fabricant de lampe”, rappelle Lionel Witkowski. A moyen terme, cette mutation a été une aubaine pour les fabricants de luminaires. Mais le transfert de valeur ajoutée s’est accompagné d’un transfert de complexité (des modèles de luminaire pour chaque flux lumineux, teinte de lumière et IRC) que les récentes solutions multi-lumen et multicolore commencent seulement à atténuer. Mais, pour encore beaucoup d’entreprises, ce transfert reste un casse-tête commençant avec la définition du portfolio et en passant par le piège des invendus lors des changements de génération et en se terminant par le challenge de la disponibilité produit.
En conséquence, en analysant aujourd’hui l’éco-système de l’éclairage, les fabricants de luminaires et les importateurs doivent faire face à deux phénomènes ayant beaucoup gagné en importance ces 15 dernières années? A savoir:
– la banalisation du point lumineux, trouvant son origine au niveau de deux tendances : l’intégration de l’éclairage dans une offre plus globale de services et, surtout, la sacro-sainte efficacité énergétique ramenant la lumière à un simple ratio lm/W;
– la « déprescription », sport national par excellence dans lequel de nombreux groupes d’installation électrique excellent, qui impacte gravement le ROI des industriels investissant en R&D.
Enfin, en anticipant l’avenir, la REP (Responsabilité Elargie du Producteur), en général, et le développement durable, en particulier, vont, à nouveau, “redistribuer les cartes”. Indéniablement pour une bonne cause ou, plutôt, pour une cause indispensable qui va nécessiter de nombreuses innovations mais aussi de nombreux arbitrages. “Ces contraintes présentent un risque mais, ajoute Lionel Witkowski,également une énorme opportunité pour nos entreprises”.
Des leviers positifs identifiés
“Quand se pose la question des grands enseignements tirés de quatre décennies d’expérience, ce sont avant tout les combats menés, parfois âprement, qui viennent à l’esprit. D’où ce tableau sombre mais réaliste de la profession”. Cela ne veut cependant pas dire que tout est perdu, conclut Lionel Witkowski. En effet, nous pouvons également identifier des leviers positifs comme le pilotage de l’éclairage, le besoin accru de qualité de lumière, la prise de conscience faisant de l’éclairage un élément de différenciation. “Globalement, tant que la nuit suivra la journée, l’éclairage n’a pas de soucis à se faire!”.
– InfoPlus. “Tant en termes de développement des marchés de l’éclairage qu’en termes de performance globale, l’avènement de la technologie Led n’a pas répondu aux attentes de la profession” regrette Lionel Witkowski, riche de 41 années d’expérience.